L'activité volcanique du Karthala a toujours été l'objet de nombreuses
croyances populaires. Selon une légende, un "djinn" aurait volé la bague du prophète et l'aurait jeté au sommet du Karthala ou s'ouvrit la caldeira.
En Éthiopie on prétend que c'est le trône de la reine de Saba qui fut jeté par les "djinns" dans ce cratère en feu.
Cadi Umar de Mayotte écrivait vers 1865 une chronique historique: "... après la mort du prophète Salomon, des dragons de feu du monde de "djinn" se répandirent sur tous les cotés de l'île..."
Ces croyances comme tant d'autres expriment à la fois la crainte, l'ignorance et le respect de la population à l'égard du Karthala qui n'est rien d'autre que la manifestation de la vie interne de la Terre: un volcan.
« Le volcan guérisseur » Pendant huit jours et huit nuits, le fleuve feu a coulé. Plusieurs personnes l'avaient fui mais plusieurs autres étaient venues à lui. On voyait des centaines et des des centaines de personnes venant du Nord et du Sud, de l'Est et de l'Ouest, de Maoré, de Ndzuani et de Mwali traversant montagnes, forêts, déserts de pierre, mers pour venir retouver le fleuve de feu.
Quelqu'un aurait répandu – certains disent que ce sont les Chinois – le bruit comme quoi les émanations d'un volcan ont une vertu curative. Elles guérissent toutes les maladies possibles et imagianables.
Ainsi Singani était devenu une immense scène de théâtre dont les acteurs étaient les syphilitiques, les épiléptiques, les ashmatiques, les paralytiques, les poitrinaires, les hémorroïdaires, les goutteux, les aveugles, les sourds, les débiles, les éclopés, les lépreux, les pestiférés, les pieds-bots, les unijambistes, les culs-de jatte, les culs-terreux, les constipés, les migraineux et les hernieux.
Tout le long du fleuve de feu se trouvaient de petits groupes qui devisaient tranquillement, suant à grosses gouttes, supportant stoïquement cette chaleur de la géhénne. On aurait dit Lourdes négrifiée. Les malvoyants rapprochaient leurs orbites closes à toucher les braises incandescentes. Le seul résultat était de se brûler les cils et les paupières. Les sourds inclinaient tantôt l'oreille droite, tantôt l'oreille gauche. Les muets ouvraient tout grand la bouche comme s'ils voulaient laper le feu. Les gouteux fourraient carrément leurs orteils dans les pierres incandescentes. [...]
Après une semaine de ce régime infernal avec une nourriture insuffisante dans des conditions d'hygiène innommables, les plus mal en point avaient rendu l'âme, les autres étaient revenus chez eux dans un état plus lamentable qu'avant. Le mythe du volcan guérisseur avait vécu. Le karthala était apparu piaffant d'impatience et d'inhumanité...
« Le volcan guérisseur » est un extrait du roman de Mohamed Toihiri, La République des Imberbes, publié pour la première fois aux éditions L'Harmattan à Paris (1985), page 109.
© 1985 Mohamed Toihiri